Même joie
Le temps a laissé son manteau
Charles d’Orléans · XVe siècle
Cinq siècles plus tôt, la même fête de la nature, avec un sourire de prince.
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Anna de Noailles (1876 – 1933)
Sept quatrains d’alexandrins (12 syllabes) à rimes croisées (abab), qui alternent rimes féminines (terminées par un e muet) et masculines.
La poétesse s’adresse à la Nature comme à une personne. Elle lui dit qu’elle l’a aimée plus que personne : la lumière, l’eau, les forêts, l’odeur des saisons. Elle se décrit couronnée de soleil, offerte comme une fleur ou une corbeille.
La dernière strophe change tout : elle tient la Nature « toute vive » dans ses bras, mais sait qu’un jour ses yeux « s’empliront d’ombre ». L’hymne de joie se termine sur la peur de mourir.
La Nature est vouvoyée, comme une reine, et pourtant traitée avec une intimité amoureuse : « j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés ». Ce mélange de respect et de sensualité fait l’originalité du poème.
Presque chaque strophe passe par un sens : la vue (la lumière), l’odorat (l’odeur des saisons), le toucher (« dans mes mains »). La poétesse ne contemple pas la nature de loin : elle la porte, la tient, la respire.
Les points de suspension du dernier vers laissent le poème ouvert sur le « pays sans vent et sans verdure », c’est-à-dire la mort. Publié en 1901, quand Anna de Noailles a vingt-quatre ans, ce poème annonce le grand thème de son œuvre : l’amour de la vie, inséparable de la conscience de sa fin.
Sources : Le Cœur innombrable, Calmann-Lévy, 1901 (texte vérifié sur le fac-similé).
Même joie
Charles d’Orléans · XVe siècle
Cinq siècles plus tôt, la même fête de la nature, avec un sourire de prince.
Même nature, autre regard
Leconte de Lisle · 1852
Chez Leconte de Lisle, la nature est indifférente ; ici, elle est aimée comme une personne.
Autre poétesse, même ardeur
Louise Labé · 1555
Trois siècles et demi plus tôt, une autre femme qui dit le désir à la première personne.
Le premier recueil d’Anna de Noailles, souvent réédité en poche avec L’Ombre des jours.
Lisez ce poème au début de l’été, et la dernière strophe à voix basse.
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