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L’Offrande à la nature

Anna de Noailles (1876 – 1933)

JoieXXe siècleFrance
Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.
La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.
J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité,
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.
Je suis venue à vous sans peur et sans prudence
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.
Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon cœur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.
Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète,
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au cœur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.
Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature,
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour,
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…
En une minute

Aimer la nature à en pleurer

La poétesse s’adresse à la Nature comme à une personne. Elle lui dit qu’elle l’a aimée plus que personne : la lumière, l’eau, les forêts, l’odeur des saisons. Elle se décrit couronnée de soleil, offerte comme une fleur ou une corbeille.

La dernière strophe change tout : elle tient la Nature « toute vive » dans ses bras, mais sait qu’un jour ses yeux « s’empliront d’ombre ». L’hymne de joie se termine sur la peur de mourir.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

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Une souveraine aimée

La Nature est vouvoyée, comme une reine, et pourtant traitée avec une intimité amoureuse : « j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés ». Ce mélange de respect et de sensualité fait l’originalité du poème.

Le corps et les sens

Presque chaque strophe passe par un sens : la vue (la lumière), l’odorat (l’odeur des saisons), le toucher (« dans mes mains »). La poétesse ne contemple pas la nature de loin : elle la porte, la tient, la respire.

L’ombre finale

Les points de suspension du dernier vers laissent le poème ouvert sur le « pays sans vent et sans verdure », c’est-à-dire la mort. Publié en 1901, quand Anna de Noailles a vingt-quatre ans, ce poème annonce le grand thème de son œuvre : l’amour de la vie, inséparable de la conscience de sa fin.

Sources : Le Cœur innombrable, Calmann-Lévy, 1901 (texte vérifié sur le fac-similé).

Prolongements

Si ce poème vous a touché

Conseil de lecture

Quel livre lire ensuite

Le Cœur innombrable

Le premier recueil d’Anna de Noailles, souvent réédité en poche avec L’Ombre des jours.

  • Pour qui : Le lecteur qui aime la nature et les poèmes d’amour.
  • Pourquoi : Une voix ardente, très lue au début du XXe siècle, que l’on redécouvre aujourd’hui.

Notre conseil

Lisez ce poème au début de l’été, et la dernière strophe à voix basse.

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