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Demain, dès l’aube…

Victor Hugo (1802 – 1885)

DeuilHommageXIXe siècleFrance
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
En une minute

Un rendez-vous qui n’en est pas un

Pendant deux strophes, on croit qu’un homme part retrouver la personne qu’il aime : « je sais que tu m’attends ». Il marche sans rien regarder, pressé et triste.

Le dernier vers révèle la vérité : il va sur une tombe. Hugo parle à sa fille Léopoldine, morte noyée quatre ans plus tôt. Il lui parle comme à une vivante, et c’est ce qui bouleverse.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

Lire l’analyse (6 min)

Le tutoiement d’une vivante

Le poème s’ouvre sur un dialogue (« Vois-tu ») et des verbes au futur. Rien ne signale la mort avant le onzième vers. Le lecteur partage ainsi l’illusion du père, qui continue de vivre sa relation avec sa fille au présent.

Ne rien voir

La troisième strophe refuse les beautés du paysage : « l’or du soir », les « voiles » vers Harfleur. Harfleur est près de Villequier, où Léopoldine s’est noyée dans la Seine en 1843. Le refus de regarder est une forme de fidélité : rien ne doit distraire du chagrin.

Un bouquet modeste

Le houx reste vert en hiver, la bruyère fleurit en automne : deux plantes qui résistent. Le poème se termine sur un geste concret plutôt que sur une plainte. C’est pourquoi on le choisit si souvent pour un hommage.

Sources : Les Contemplations, 1856, livre IV, poème XIV (texte vérifié).

Prolongements

Si ce poème vous a touché

Conseil de lecture

Quel livre lire ensuite

Les Contemplations

En poche, avec notes. Lire d’abord le livre IV, « Pauca meae ».

  • Pour qui : Celui qui cherche des mots pour un deuil, ou qui veut lire Hugo sans l’épopée.
  • Pourquoi : Le livre IV est court, chronologique, et se lit comme le journal d’un père.

Notre conseil

Pour un hommage, lisez ce seul poème, sans introduction. Il se suffit.

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