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Les Séparés

Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859)

AmourMélancolieXIXe siècleFrance
N’écris pas ! Je suis triste, et je voudrais m’éteindre ;
Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre ;
Et, frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !
N’écris pas ! n’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais.
Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !
N’écris pas ! Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas !
N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur,
Que je les vois briller à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.
N’écris pas !
En une minute

Une lettre qui demande de ne plus écrire

Une femme est séparée de celui qu’elle aime. Elle lui demande de ne plus lui écrire : chaque lettre lui rend sa voix, son sourire, ses baisers, et la douleur de ne pas l’avoir près d’elle.

Le paradoxe est bouleversant : ce poème qui dit « n’écris pas » est lui-même une lettre d’amour. Plus elle refuse les mots de l’autre, plus elle montre combien elle les aime.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

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Le refrain qui se fissure

« N’écris pas » ouvre chaque strophe et la ferme. Cette insistance montre une volonté qui doit sans cesse se répéter pour tenir. On sent qu’elle peut céder.

L’écriture comme présence

Le vers « Une chère écriture est un portrait vivant » dit la force des lettres au XIXe siècle : l’écriture manuscrite de l’autre, c’est presque sa personne. La dernière strophe va plus loin : les mots deviennent voix, sourire, baiser.

Une voix moderne

La phrase est simple, sans ornement, presque parlée. C’est ce naturel que Verlaine admirait chez Desbordes-Valmore et qui la rend très lisible aujourd’hui.

Sources : Œuvres de Marceline Desbordes-Valmore, Lemerre, 1886, section « Romances » (texte vérifié sur le fac-similé) ; même texte dans XII Élégies, Lyon, 1925.

Prolongements

Si ce poème vous a touché

Conseil de lecture

Quel livre lire ensuite

Poésies de Marceline Desbordes-Valmore

Une anthologie de poche plutôt que les œuvres complètes.

  • Pour qui : Le lecteur qui traverse une séparation, ou qui aime les lettres d’amour.
  • Pourquoi : Ses poèmes d’amour sont courts, directs, et n’ont presque pas vieilli.

Notre conseil

Un poème à lire seul, le soir. Pas forcément à envoyer.

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