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À une passante

Charles Baudelaire (1821 – 1867)

AmourXIXe siècleFrance
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?
Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !
En une minute

Le coup de foudre qui dure une seconde

Paris, une rue bruyante. Une femme en deuil passe, élégante. Le poète croise son regard et en reste bouleversé. Puis elle disparaît dans la foule.

Il ne la reverra jamais. Le dernier vers dit tout : il aurait pu l’aimer, et elle le savait. Le poème parle d’une expérience que toute personne vivant en ville a connue.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

Lire l’analyse (7 min)

Le temps de la rencontre

Les quatrains sont au passé (« passa », « buvais ») : la scène est déjà finie quand le poème commence. Le premier tercet bascule en une ligne, « Un éclair… puis la nuit ! », puis s’adresse directement à la femme, au présent et au futur.

Fascination et danger

« La douceur qui fascine et le plaisir qui tue » : chez Baudelaire, la beauté attire et menace en même temps. Le « ciel livide où germe l’ouragan » fait de l’œil de la femme un paysage d’orage.

Une poésie de la grande ville

Ce sonnet appartient aux « Tableaux parisiens ». La foule moderne crée un nouveau type de rencontre : intense, anonyme, sans lendemain. Le chiasme final (« j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais ») mime deux trajectoires qui se croisent puis s’éloignent.

Sources : Les Fleurs du mal, 2e édition, 1861 (texte vérifié sur le fac-similé).

Prolongements

Si ce poème vous a touché

Conseil de lecture

Quel livre lire ensuite

Les Fleurs du mal

Une édition de poche annotée, version de 1861, qui contient les « Tableaux parisiens ».

  • Pour qui : Le lecteur qui aime la ville et ses rencontres.
  • Pourquoi : La section « Tableaux parisiens » est courte et forme un ensemble : on peut la lire seule.

Notre conseil

Lisez ensuite « Les Petites Vieilles » et « Le Cygne », dans la même section.

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