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La peau de la vache noire

Jean-Joseph Rabearivelo (1901 – 1937)

ContemplationXXe siècleOcéan Indien

Des vers libres, sans rimes : l’unité n’est pas le vers régulier mais l’image, qui se déploie de strophe en strophe, avec des reprises (« tendue… tendue… tendue », « morte sans… ») qui font penser à un chant.

La peau de la vache noire est tendue,
tendue sans être mise à sécher,
tendue dans l’ombre septuple.
Mais qui a abattu la vache noire
morte sans avoir mugi, morte sans avoir beuglé,
morte sans avoir été poursuivie
sur cette prairie fleurie d’étoiles ?
La voici qui gît dans la moitié du ciel.
Tendue est la peau
sur la boîte de résonance du vent
que sculptent les esprits du sommeil.
Et le tambour est prêt
lorsque se couronnent de glaïeuls
les cornes du veau délivré
qui bondit
et broute les herbes des collines.
Il y résonnera,
et ses incantations deviendront rêves
jusqu’au moment où la vache noire ressuscitera,
blanche et rose,
devant un fleuve de lumière.
En une minute

La nuit est une vache noire

La nuit est imaginée comme une immense vache noire, abattue sans bruit, dont la peau est tendue sur la moitié du ciel. Les étoiles sont les fleurs de sa prairie.

Cette peau devient un tambour : les esprits du sommeil le font résonner, et ses chants deviennent des rêves. Au matin, la vache ressuscite, « blanche et rose » : c’est l’aube.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

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Une image venue de Madagascar

Le zébu tient une place centrale dans la vie et les rites des hauts plateaux malgaches. Rabearivelo part de cet animal familier, et du tambour tendu de peau, pour construire un mythe de la nuit et du jour. On n’a pas besoin de connaître Madagascar pour être saisi, mais c’est là que l’image prend racine.

Une question qui devient incantation

La deuxième strophe enchaîne les négations : « morte sans avoir mugi, morte sans avoir beuglé, morte sans avoir été poursuivie ». Personne n’a tué la nuit ; elle tombe d’elle-même, en silence. Les répétitions, comme dans un chant, transforment la question en formule magique.

Mort et renaissance

Le poème suit un cycle : une mort silencieuse, un tambour qui fait rêver, une résurrection devant « un fleuve de lumière ». Le veau délivré, couronné de glaïeuls, annonce le jour nouveau. Le même veau bondissant revient dans un autre poème du recueil : Traduit de la nuit se lit comme un seul grand chant de la nuit.

Sources : Traduit de la nuit, Tunis, Éditions de Mirages, 1935, poème 3 (texte vérifié sur le fac-similé).

Prolongements

Si ce poème vous a touché

Conseil de lecture

Quel livre lire ensuite

Traduit de la nuit

Les trente poèmes du recueil, souvent réédités avec Presque-Songes (1934).

  • Pour qui : Le lecteur qui aime les images surprenantes et les poésies du monde.
  • Pourquoi : Des poèmes courts, en vers libres, qui se lisent comme des énigmes.

Notre conseil

Lisez le poème une première fois sans chercher à comprendre, puis une seconde fois en pensant au tambour.

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