Même île, autre voix
Méfiez-vous des blancs
Évariste de Parny · 1787
Un siècle et demi plus tôt, un poète français prêtait sa voix aux Malgaches. Ici, c’est un Malgache qui parle.
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Jean-Joseph Rabearivelo (1901 – 1937)
Des vers libres, sans rimes : l’unité n’est pas le vers régulier mais l’image, qui se déploie de strophe en strophe, avec des reprises (« tendue… tendue… tendue », « morte sans… ») qui font penser à un chant.
La nuit est imaginée comme une immense vache noire, abattue sans bruit, dont la peau est tendue sur la moitié du ciel. Les étoiles sont les fleurs de sa prairie.
Cette peau devient un tambour : les esprits du sommeil le font résonner, et ses chants deviennent des rêves. Au matin, la vache ressuscite, « blanche et rose » : c’est l’aube.
Le zébu tient une place centrale dans la vie et les rites des hauts plateaux malgaches. Rabearivelo part de cet animal familier, et du tambour tendu de peau, pour construire un mythe de la nuit et du jour. On n’a pas besoin de connaître Madagascar pour être saisi, mais c’est là que l’image prend racine.
La deuxième strophe enchaîne les négations : « morte sans avoir mugi, morte sans avoir beuglé, morte sans avoir été poursuivie ». Personne n’a tué la nuit ; elle tombe d’elle-même, en silence. Les répétitions, comme dans un chant, transforment la question en formule magique.
Le poème suit un cycle : une mort silencieuse, un tambour qui fait rêver, une résurrection devant « un fleuve de lumière ». Le veau délivré, couronné de glaïeuls, annonce le jour nouveau. Le même veau bondissant revient dans un autre poème du recueil : Traduit de la nuit se lit comme un seul grand chant de la nuit.
Sources : Traduit de la nuit, Tunis, Éditions de Mirages, 1935, poème 3 (texte vérifié sur le fac-similé).
Même île, autre voix
Évariste de Parny · 1787
Un siècle et demi plus tôt, un poète français prêtait sa voix aux Malgaches. Ici, c’est un Malgache qui parle.
Même océan
Leconte de Lisle · 1852
Né à La Réunion, voisine de Madagascar : le jour écrasant de Leconte de Lisle répond à la nuit de Rabearivelo.
Même nature vivante
Émile Verhaeren · 1895
Un autre poème en vers libres où un élément de la nature devient une créature.
Les trente poèmes du recueil, souvent réédités avec Presque-Songes (1934).
Lisez le poème une première fois sans chercher à comprendre, puis une seconde fois en pensant au tambour.
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