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Le Vaisseau d’or

Émile Nelligan (1879 – 1941)

MélancolieXIXe siècleQuébec
Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif :
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues ;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues,
S’étalait à sa proue, au soleil excessif.
Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.
Ce fut un Vaisseau d’or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputé.
Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu’est devenu mon cœur, navire déserté ?
Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve !…
En une minute

Le naufrage d’un jeune poète

Pendant onze vers, on suit un navire magnifique, tout en or, qui fait naufrage sur un écueil. Ses trésors sont pillés par des marins aux noms étranges : Dégoût, Haine, Névrose.

Les trois derniers vers donnent la clé : ce navire, c’était « mon cœur ». Nelligan a moins de vingt ans quand il écrit ce poème. Peu après, il est interné pour le reste de sa vie, et le texte se lit comme une prophétie.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

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Une allégorie dévoilée à la fin

Le poème raconte d’abord une histoire maritime, avec des majuscules qui en font une légende (Vaisseau, Océan, Sirène, Gouffre). Le passage au « mon cœur » dans le dernier tercet transforme le récit en confession.

Des marins qui sont des maladies

Les pilleurs portent des noms d’états intérieurs. « Névrose » est un mot médical récent à l’époque : il fait entrer la psychologie moderne dans une forme classique.

L’héritage

La forme vient de Baudelaire et des parnassiens, la musique de Verlaine. Nelligan les fait siennes à Montréal, et son sonnet est devenu un emblème de la poésie québécoise. L’interprétation biographique est tentante, mais le poème vaut aussi comme pure image du rêve brisé.

Sources : Émile Nelligan et son œuvre, Montréal, Beauchemin, 1904 (texte vérifié sur le fac-similé).

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  • Pour qui : Le lecteur qui veut découvrir la poésie du Québec par son grand classique.
  • Pourquoi : L’œuvre tient en un volume et se lit comme une seule saison de jeunesse.

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