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Ma bohème

Arthur Rimbaud (1854 – 1891)

JoieLibertéXIXe siècleFrance
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
En une minute

Un poème qui sourit de lui-même

Un garçon de seize ans marche sur les routes, sans argent, les vêtements usés. Il dort à la belle étoile et compose des vers en chemin. Il est pauvre, et il est heureux.

Le poème mélange le noble et le trivial : la Muse et une culotte trouée, les étoiles et des lacets de chaussures. Rimbaud se moque gentiment du poète romantique tout en étant vraiment ému par la nuit.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

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Le sublime et le quotidien

Chaque image élevée est ramenée au sol : le paletot devient « idéal » parce qu’il est usé jusqu’à disparaître, l’auberge est « à la Grande-Ourse ». Cette alliance fait le charme du texte.

Le Petit Poucet

Rimbaud sème des rimes au lieu de cailloux. L’image rattache le poète à l’enfance et au conte, au moment même où il fugue de chez lui.

La chute

Le dernier vers associe les « souliers blessés » au « cœur ». Le geste de tirer ses lacets devient celui de jouer de la lyre. Le poète est à la fois ridicule et inspiré, et il l’assume.

Sources : Manuscrit dit « Cahier de Douai » (1870) ; texte vérifié sur les éditions Vanier (1895) et Mercure de France.

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Un poche qui réunit les poèmes de 1870-1871.

  • Pour qui : Celui qui aime les récits de route et de jeunesse.
  • Pourquoi : Ces poèmes se lisent comme le journal de fugue d’un adolescent.

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