Même compassion
Le Dormeur du val
Arthur Rimbaud · 1870
Quatre siècles plus tard, un autre corps couché, une autre mort que le poème oblige à regarder.
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François Villon (vers 1431 – après 1463)
Trois dizains de décasyllabes (vers de 10 syllabes) sur les mêmes rimes (ababbccdcD), puis un envoi de cinq vers (ccdcD). Le D majuscule marque le refrain, qui termine chaque strophe.
Ce sont des pendus qui parlent. Leurs corps se balancent au gibet, abîmés par la pluie, le soleil et les oiseaux. Ils s’adressent aux passants, qu’ils appellent « frères humains ».
Ils ne crient pas leur innocence. Ils demandent seulement qu’on ne se moque pas d’eux, et qu’on prie pour leur âme. Villon écrit ce poème alors qu’il a lui-même été condamné à la pendaison.
Tout le poème est dit par les pendus. Cette voix venue d’outre-tombe crée un face-à-face : le lecteur devient le passant interpellé, et ne peut pas détourner le regard.
La troisième strophe décrit la décomposition avec précision : les yeux « cavés » par les corbeaux, les corps « plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre ». La comparaison avec le dé à coudre, criblé de petits trous, est presque familière. C’est ce mélange de cru et de quotidien qui frappe.
Le dernier vers revient à la fin de chaque strophe comme une prière répétée. L’envoi, adressé d’ordinaire à un « prince », est ici adressé à Jésus. Villon reprend une forme savante de son temps pour y faire entendre une supplication très directe. La condamnation de Villon fut finalement changée en bannissement, en 1463 ; on ne sait pas ce qu’il devint ensuite.
Sources : Œuvres complètes de François Villon, éd. Jannet, Lemerre, 1876 (texte vérifié sur le fac-similé) ; orthographe légèrement modernisée, avec quelques formes anciennes conservées pour la rime et le compte des syllabes.
Même compassion
Arthur Rimbaud · 1870
Quatre siècles plus tard, un autre corps couché, une autre mort que le poème oblige à regarder.
Même voix qui supplie
Paul Verlaine · 1866
Un poète qui se dit emporté « deçà, delà » par le vent, comme les pendus de Villon.
Même siècle
Charles d’Orléans · XVe siècle
Le même XVe siècle vu depuis la cour d’un prince : légèreté du printemps contre gravité du gibet.
Une édition bilingue, avec le texte d’origine et une traduction en français moderne en regard.
Lisez d’abord la traduction, puis le texte original à voix haute : beaucoup de mots se comprennent à l’oreille.
Aucun éditeur ne paie pour figurer ici.