Même misère
Ballade des pendus
François Villon · XVe siècle
Deux siècles plus tard, un autre poète pauvre qui parle de lui sans fard, et demande la pitié.
Rutebeuf (actif vers 1250 – vers 1285)
Extrait : le passage des amis. Le poème complet, beaucoup plus long, raconte toute la misère du poète.
Des vers groupés par trois : deux octosyllabes (8 syllabes), puis un vers court de 4 syllabes. Le vers court lance la rime du groupe suivant : c’est la « rime couée », qui fait avancer le poème comme une chaîne.
Rutebeuf est pauvre et malade. Il a perdu l’usage d’un œil, sa femme vient d’accoucher, son cheval s’est cassé la jambe, et il ne peut plus payer son logement. Dans ce passage, il se demande où sont passés ses amis : aucun n’est venu le voir.
Sa réponse tient en une image : le vent les a emportés. Ces amis étaient « trop clairsemés », mal semés, comme des graines jetées au hasard. Plus de sept siècles plus tard, cette plainte reste l’une des plus citées de la langue française.
La complainte est un genre du Moyen Âge : on y déplore un malheur. Rutebeuf la remplit de détails de la vie quotidienne : le bois qui manque pour l’hiver, les objets laissés en gage, la nourrice qui réclame son argent. Il est l’un des premiers poètes à parler ainsi de sa propre misère, sans détour.
Le passage file une image agricole : les amis sont « cler semé », puis « pas bien semé ». Le vent, qui disperse les graines, devient celui qui disperse les amis. La reprise « vens enporte… ventoit… enporta » fait souffler ce vent dans les vers eux-mêmes.
Le poème s’achève sur une demande d’aide adressée au comte de Poitiers et de Toulouse, frère du roi Saint Louis : la plainte est aussi une lettre de sollicitation. Au XXe siècle, Léo Ferré a chanté une adaptation moderne de ces vers, « Pauvre Rutebeuf », qui les a fait connaître d’un large public.
Sources : Œuvres complètes de Rutebeuf, éd. Achille Jubinal, Pannier, 1839, tome I (texte vérifié sur le fac-similé). Traduction : La poésie française.
Même misère
François Villon · XVe siècle
Deux siècles plus tard, un autre poète pauvre qui parle de lui sans fard, et demande la pitié.
Même vent
Paul Verlaine · 1866
Six siècles plus tard, le « vent mauvais » emporte à son tour celui qui parle.
Même solitude
Émile Nelligan · Québec
Un autre poète seul dans le froid, qui fait de sa détresse une chanson.
Une anthologie de poche avec le texte en ancien français et la traduction en français moderne en regard.
Lisez d’abord la traduction, puis l’ancien français à voix haute : la musique revient tout de suite.
Aucun éditeur ne paie pour figurer ici.