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Soir d’hiver

Émile Nelligan (1879 – 1941)

MélancolieXIXe siècleQuébec
Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai.
Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire ! où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.
Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.
Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !…
En une minute

Quand l’hiver entre dans l’âme

Le poète regarde la neige et le givre sur sa vitre. Très vite, le paysage devient intérieur : les étangs gelés, ce sont ses espoirs ; la Norvège sans soleil, c’est lui.

Les répétitions donnent au poème une allure de complainte. On le lit comme une chanson triste, et on comprend pourquoi il a été mis en musique à plusieurs reprises.

Pour aller plus loin

Analyse approfondie

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Du dehors au dedans

La première strophe décrit la fenêtre, la deuxième glisse aussitôt vers « mon âme ». Les mêmes mots servent aux deux : « Tous les étangs gisent gelés » devient « Tous ses espoirs gisent gelés ». Le paysage n’est plus un décor, c’est un miroir.

La musique de la répétition

Vers repris, sons répétés (« neige a neigé », « que j’ai, que j’ai », « pleurez mes pleurs »), strophe finale qui reprend la première : le poème tourne sur lui-même comme une ritournelle obsédante.

La légère variation finale

La dernière strophe change un seul détail : « la douleur » devient « tout l’ennui ». La crise aiguë s’est installée en état durable. Cette nuance, ajoutée aux points de suspension, laisse le poème ouvert sur l’hiver.

Sources : Émile Nelligan et son œuvre, Montréal, Beauchemin, 1904 (texte vérifié sur le fac-similé).

Prolongements

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Conseil de lecture

Quel livre lire ensuite

Poésies complètes d’Émile Nelligan

Disponibles chez plusieurs éditeurs québécois, en un seul volume.

  • Pour qui : Le lecteur qui aime Verlaine et veut découvrir la poésie québécoise.
  • Pourquoi : Toute l’œuvre d’un poète de vingt ans, d’une grande unité de ton.

Notre conseil

À lire un soir de neige, évidemment.

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