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Les Conquérants

José-Maria de Heredia (1842 – 1905)

ÉlanXIXe siècleCaraïbes
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.
Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;
Ou penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.
En une minute

L’aventure vue comme un rêve

À la fin du XVe siècle, des aventuriers espagnols quittent le port de Palos pour traverser l’Atlantique. Ils rêvent d’or et de gloire. La nuit, la mer brille, et ils voient se lever des étoiles qu’aucun Européen n’avait vues.

Le poème célèbre l’élan du départ et l’émerveillement de la découverte. Il ne dit rien de ce que la conquête fera subir aux peuples d’Amérique : c’est aussi ce silence qu’il faut lire aujourd’hui.

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Un sonnet-tableau

Heredia appartient au Parnasse, mouvement qui cherche une poésie précise, sculptée, impersonnelle. Chaque sonnet des Trophées est comme une médaille : une scène historique fixée en quatorze vers.

Le dernier vers

Les tercets passent du rêve d’or (« mirage doré ») à une vision plus grande : des « étoiles nouvelles » qui montent de la mer. La conquête s’efface devant la découverte du monde. Ce dernier vers est l’un des plus célèbres de la poésie française.

Une lecture d’aujourd’hui

Les conquistadors sont présentés comme des oiseaux de proie, « ivres d’un rêve héroïque et brutal » : le poète ne cache pas leur violence, mais l’admire. Né près de Santiago de Cuba, Heredia écrit depuis Paris un poème sur la conquête de son continent natal. Le lire à côté de Parny, qui dénonce la colonisation un siècle plus tôt, ouvre une vraie discussion.

Sources : Les Trophées, Lemerre, 1893 (texte vérifié sur le fac-similé).

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Les Trophées

En poche. Le recueil réunit plus de cent sonnets, de l’Antiquité à la Renaissance.

  • Pour qui : Le lecteur qui aime l’histoire et les images fortes.
  • Pourquoi : Chaque sonnet se lit comme un petit tableau autonome : on peut picorer.

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