Même recueil
La peau de la vache noire
Jean-Joseph Rabearivelo · 1935
La nuit racontée comme un mythe, avec cette fois une renaissance à l’aube.
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Jean-Joseph Rabearivelo (1901 – 1937)
Des vers libres de longueurs très variables. Dans l’édition de 1935, les vers les plus longs sont imprimés alignés à droite, comme suspendus.
Le « vitrier » est un géant esclave, aussi fort qu’Atlas, qui porte les sept ciels sur sa tête. Au coucher du soleil, des milliers de morceaux de vitre tombent de ses mains : c’est la lumière du jour qui se brise.
Chaque soir, il est foudroyé ; chaque soir, il recommence. La dernière strophe s’adresse au lecteur : tu assistes à son supplice, mais tu n’as plus pitié de lui. On s’habitue à la souffrance des autres.
Le poème transforme le crépuscule en scène mythologique : les nuages sont un fleuve, les éclats de lumière des morceaux de vitre, le soleil un navire qui « chavire ». Comme dans La peau de la vache noire, la nuit qui vient est racontée comme une légende.
Rabearivelo croise la mythologie grecque, avec Atlas condamné à porter le ciel, et la figure d’un esclave paré de verroterie. Le supplice cosmique devient celui d’un travailleur sans nom, dont « nul n’a jamais vu les prunelles ».
Le dernier mouvement passe du « il » au « tu » : le lecteur est mis en cause. « Tu n’éprouves plus de pitié pour lui » : une souffrance répétée chaque jour finit par ne plus se voir. Écrit à Madagascar sous la colonisation française, le poème peut se lire aussi comme l’image d’un travail forcé que personne ne regarde.
Sources : Traduit de la nuit, Tunis, Éditions de Mirages, 1935, poème 17 (texte vérifié sur le fac-similé, pages 38-39).
Même recueil
Jean-Joseph Rabearivelo · 1935
La nuit racontée comme un mythe, avec cette fois une renaissance à l’aube.
Même supplice regardé
François Villon · XVe siècle
Des corps suppliciés qui s’adressent à ceux qui passent sans les voir.
Même île
Évariste de Parny · 1787
L’esclavage et la conquête de Madagascar, vus un siècle et demi plus tôt.
Les trente poèmes du recueil, souvent réédités avec Presque-Songes (1934).
Lisez ce poème au coucher du soleil, en regardant le ciel.
Aucun éditeur ne paie pour figurer ici.